L'homme naît avec une conscience empreinte de sacré. Ses facultés mentales, parce qu'elles consistent à signifier, à être, sont les outils privilégiés de la machine à sacraliser. Etre, c'est créer du sacré. Nos gestes, nos paroles, nos initiatives s'exercent suivant des axes de pensées qui se veulent authentiques et durables. Seulement, pour pérenniser de tels actes, l'homme doit les répéter ad libitum. L'habitude révèle un certain état de religiosité en ce sens qu'elle exprime la répétition d'actes, de paroles pour de mêmes résultats. Le rite est habitude pour être valide. De plus, il se veut la réitération d'actes primordiaux hérités de ses ancêtres créateurs. Afin de faire se continuer les saisons, je danse pour la pluie, le soleil tout comme Eux le faisaient.
Aussi, l'acte primordial reproduit doit être vu. Le sacré existe par le fait qu'il est vécu mais également vu. La masse des fidèles correspond au corps du Christ dont il est la tête. Il est le chef de la congrégation. L'union dans la prière ou le chant mérite l'attention du dieu. L'union provoque l'unicité et l'un rencontre l'Un Hyposthase -tel que le décrit Plotin. C'est dans la fusion du nombre que se situe l'extase sociale. Un même coeur, un même esprit dans une même atmosphère lourde de sens témoignent de la profondeur de l'intention résistant aux quotidiens problèmes de division.
De fait, l'homo religiosus est par-dessus tout précis. Le souci du détail accompli crée le sacré car il n'y a pas d'à peu près dans les rélaisations pour le Divin. Rappelons-nous les fameux haruspices romains ainsi que les augures lisant le ciel ou les entrailles. Une erruer de protocole et toute la prédiction doit être annulée. La loi mosaïque a été édictée pour être avant tout suivie à la lettre. Une exhortation divine est toujours -de près ou de loin- loi. Moïse fut écarté des portes de Canaan, la Terre promise pour ne pas avaoir glorifier en paroles son Dieu lorsque l'eau a coulé du rocher. Cependant, si la précision voire l'exactitude dont de mise dans les rituels et les requêtes, le chaos, le désordre expriment de leur côté une émanation divine. La Pythie grecque restait toujours incohérente, le chamane s'exprime sur un jet d'extase... Notons toutefois que le mystère, le "Tout-autre" (Mircea Eliade) passent par un cérémonial qui les 'appellent' en quelque sorte. En ce sens, le religieux est un phénomène organisé répondant ç des désirs précis et volontairement assouvis par la sacralisation de gestes habituels -quasi quotidiens- et reconnus de toute une même communauté.
Mais de là, l'homo religiosus, s'il possède en sa conscience du sacré, peut-il le retenir contre les autres ou encore le monopoliser pour se hisser vers une certaine forme de pouvoir ? Etant donné la ggénéralisation de l'expression sacrale, il faut, pour se l'approprier -aux yeux des autres-, créer un sentiment de manque ou bien d'erreur. Le sacré vient à manquer ou à être corrompu par de mauvaises manoeuvres : nous voilà chamane, sorcier ou bien simplement curé ! L'état de médiation du sacré entre les profanes et des numina relève du service. En effet, chacun se repose sur un autre soi vis-à-vis du détail sacramentel, du cérémonial officiel, de la geste habituelle. Pourtant, l'intention ne se donne pas. L'intention religieuse est produite secrètement et débute en étant introvertie, personnelle. L'acte de manifestation du sacré que certains dénomment "hiérophanies" n'existe que par la volonté de l'homo religiosus. Le religieux est un phénomène dont les causes sont volontairement produites. Reste à maîtriser de telles causes dans un monde où le domaine spirituel est mal compris et assimilé au hasard ou aux illusions. losque Luther développait l'idée selon laquelle tout fidèle est son propre prêtre, il semblait vouloir dire que le spirituel est accessible à tous pourvu que l'on s'y implique largement et sérieusement. Tout rituel est sérieux. l'homo religiosus est donc quelqu'un de régulier, capable de ma^trise de soi mais qui sait s'oublier dans la volonté décrite par le rituel afin de dépasser l'action pour l'extase tel le yogique bouddhiste plus proche de la plante que de l'homme et dont la racine s'enfonce de plus en plus en une terre fertile.